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dimanche 10 avril 2011

Dimanche au tableau noir....


La voix lointaine, Yves Bonnefoy

Je l’écoutais, puis j’ai craint de ne plus l’entendre,
qui me parle ou qui se parle.
Voix lointaine,
un enfant qui joue sur la route,
Mais la nuit est tombée,
quelqu’un appelle.
Là où la lampe brille, où la porte grince
En s’ouvrant davantage ;
et ce rayon recolore le sable où dansait une ombre,
Rentre, chuchote-t-on,
rentre, il est tard.

(Rentre, a-t-on chuchoté, et je n’ai su qui appelait ainsi, du fond des âges,
quelle marâtre, sans mémoire ni visage,
quel mal souffert avant même de naître.)
Yves Bonnefoy.

Pour moi, la première partie, c'est la douceur d'une voix maternelle appelant doucement l'enfant à revenir dans le cercle lumineux et protecteur de la famille.
Visiblement, pour l'auteur, c'est l'appel que l'enfant que personne ne regarde (marâtre sans visage), à qui personne ne parle (sans mémoire); appel redouté à quitter la paix nocturne pour rentrer dans un foyer où il est le non désiré(mal souffert avant même de naître), le malvenu, le mal-aimé, héritier d'un destin subi "du fond des âges".
Voilà, c'était la minute scolaire de la Taty !

mardi 15 mars 2011

RIEN, au tableau noir, ce matin.

Danaé par Le Tintoret (Musée des Beaux-Arts de LYON)
Déserte est la ruelle, et muet le tableau noir.
Mes pas menus seuls résonnent, frêles espoirs qui cheminent dans la grisaille.
Maux à bas bruit.
Pourtant le printemps est en route ; tintamare de mots sonores.
Avec l'innocence des fleurs de pêchers, la virginité de l'amandier en voile blanc, rose et nacrée, chevelure ensoleillée, DANAE rève sous l'avalanche d'or des forsysthias.
Signé : Pomme

Dites donc, dignes dames, damoiselles, damoiseaux, daignerez-vous dédaler dans « Danaé » démystifiée ?
Votre dédain décapant et déraisonnable m’indigne. J’ai déchu ?
Dingue, donc je deviens, je déblâcle, je débâte, je débilite, je déblatère, je débloque, je déblogue au débotté.
Débraillée, déchaussée, démaquillée, dépeignée, je déboulonne ma statue décatie. Débusquée, je me déchaîne dans ma démesure, je me décarcasse, je déclame, je défaille, puis je décélère. Démantibulée, je me défile.
Donnez- moi un décaféiné !
Don dynamisant, je vous dédicace ce dribble.

dimanche 27 février 2011

Un peu de poésie....

D'abord, un peu de douceur chez le fromager :



Combien de semaine avant, combien de semaines après... payées, pas payées... ?

Qu'importe, les mamans chêvres se reposent sagement au chaud en attendant de mettre bas et de finir de nourrir leurs bébés chevreaux...

Et dans la petite rue, en passant devant le tableau noir de l'ébéniste, un autre clin d'oeil sympathique :

Fille d'acier.
Je n'aimais personne dans le monde
Je n'aimais personne sauf celui que j'aimais
Mon amant mon amant celui qui m'attirait
Maintenant tout a changé est-ce lui qui a cessé de m'aimer
Mon amant qui a cessé de m'attirer. Est-ce moi?
Je ne sais pas et puis qu'est-ce ça peut faire tout ça?
Maintenant je suis couchée sur la paille humide de l'amour
Toute seule avec tous les autres toute seule désespèrée
Fille de fer-blanc fille rouillée
O mon amant mon amant mort ou vivant
Je veux que tu te rappelles autrefois
Mon amant celui qui m'aimait et que j'aimais.
Jacques PREVERT

Deux jolis petits clins d'oeil pour bien démarrer un dimanche, malgré le ciel gris et le froid.

mardi 22 février 2011

Ce matin, au tableau noir....

 
Posted by Picasa

La repasseuse,
Autrefois ses mains faisaient des taches roses sur le linge éclatant qu’elle repassait.
Mais dans la boutique où le poêle est trop rouge son sang s’est peu à peu évaporé. Elle devient de plus en plus blanche et dans la vapeur qui monte on la distingue à peine au milieu des vagues luisantes des dentelles. Ses cheveux blonds flottent dans l’air en boucles de rayons et le fer continue sa route en soulevant du linge des nuages – et autour de la table son âme qui résiste encore, son âme de repasseuse court et plie comme le linge en fredonnant une chanson – sans que personne y prenne garde.
Pierre Reverdy (1889-1960)

mardi 21 décembre 2010

Aux hommes de bonne volonté... et à tous les autres aussi...


DISCOURS SUR LA PAIX (Jacques Prévert, 1946)

Vers la fin d’un discours extrêmement important
le grand homme d’État trébuchant
sur une belle phrase creuse
tombe dedans
et désemparé la bouche grande ouverte
haletant
montre les dents
et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
met à vif le nerf de la guerre
la délicate question d’argent.

(Petit cadeau du tableau noir, ce matin... bien que bousculée, j'ai pensé à vous)

vendredi 3 décembre 2010

CE MATIN,


Rien de nouveau sur le tableau ! Les trottoirs mal déneigés, les amas de neige tassée, sale, gelée, les flocons tombant en fine pluie blanche et glacée ont sans doute découragé notre poétesse.

Alors, pour vous, sur mon ardoise d'écolière, à l'aide du crayon d'ardoise qui grince, je note ceci :

"Comme le temps peut devenir tranquille... Et comme tant de choses peuvent aller et venir en silence. Le souvenir par exemple... Même le plus lointain"

Phrase de Odön Von Horvâth, dans un fils de notre temps et choisie par Michèle Lesbre
en avant-titre de son livre "La petite trotteuse" dans lequel je retourne me plonger (en attendant les visiteurs qui vont et viennent en silence).

mercredi 5 mai 2010

DELICATEMENT


Eglantine : rose primitive, nacre timide de l’aube des temps et de nos printemps buissonniers... fragilité désuète, délicatesse surannée ?
Eglantine sauvage, ombrageusement défendue par tes épines indomptées... Farouche, à peine cueillie, tu te meurs dans nos doigts maladroits. Humble rose d’avant nos déluges de savantes manipulations, de prétentions botaniques, de préventions chimiques.
Mes printemps se font nombreux et oublieux mais je m’accroche à ce plaisir enfantin, cet émerveillement naïf de voir perdurer la forme archaïque de ta fleur immuable.

mardi 4 mai 2010

Une grappe de poésie, de pétales parfumés...

doux et sucrés, miel sauvage... pampres mauve guimauve, bleu nostalgie et tendresse printanière... Prenez garde car, enjôleuse, elle faufille ses vrilles dans le coeur du mur, déploie élégamment ses filaments, s'étire, chaloupe, se déhanche et se hisse jusqu'au faîte du toit.
Là-haut, elle a le triomphe faussement modeste, elle arrange avec soin le drapé de sa frondaison verte pour mettre en valeur ses grappes lourdes d’une parfum à la fois subtile et envoûtant.
Qui, des vieilles pierres ou de la glycine met l’autre en valeur ?