mercredi 24 février 2010

LES POULES DE MEME....


Pourquoi ce petit garçon qui court derrière la poule avec sa salière ? Parce que, petites filles, nous rêvions d’attraper une poule pour caresser les belles plumes brillantes. Et Mémé, moqueuse, nous donnait une poignée de gros sel et nous assurait que si nous en faisions tenir un grain en équilibre sur le dos de la poule, elle s’arrêterait net.
Mes grands-parents possédaient un bel élevage de ces volatiles : mais, attention, pas en batterie ! Dans un grand poulailler clos de grillage, dehors, à l’ombre l’après-midi. Le soir, par une petite trappe creusée dans le mur, elles rentraient à l’abri dans un autre poulailler aménagé dans un hangar fermé : là, il y avait des perchoirs et des nichoirs, de la paille fraîche. Un grand coq magnifique, avec les plumes de la queue retombant en panache, régnait sur son harem ; un mâle fier, arrogant, agressif, batailleur. Il servait de chien de garde, coursant le chat trop hardi, coqueriquant à qui mieux mieux dès qu’un étranger franchissait le portail, ou que la buse décrivait des cercles de plus en plus rapprochés dans le ciel. Après le labourage d’un champ, la moisson du blé, les vendanges, les poules étaient lâchées en liberté. En fin d’après-midi, lorsque le soleil avait une certaine position sur l’horizon, elles revenaient doucement, les unes après les autres, soit directement au poulailler, soit dans la cour. Pour attirer les retardataires, Mémé criait : « petit, petit... » et je l’aidais à rabattre les récalcitrantes vers la porte du poulailler tout en faisant attention aux coups de bec du coq qui n’aimait guère que l’on bouscule ses protégées. Les voir marcher en avançant le cou m’amusait, ainsi que leur œil rond, leur façon de bouger la tête, leurs gloussements... J’aimais leurs couleurs, caramel doré, blanches ou noires. Spectacle dont je ne me lassais pas et qui occcupait agréablement mes heures de petites vacancières...
Même si Pépé se levait au chant du coq, s’occuper des poules était l’affaire de grand-mère : préparer la pâtée de son et pomme-de-terre, jeter une poignée de grain de blé de temps en temps, trier les épluchures bonnes pour les poules et celles pour les lapins, ramasser les œufs (se voir confier un gros oeuf tout chaud à déposer dans son panier), surveiller les couveuses (à ne pas déranger) et celles qu’il ne faut pas laisser couver, surveiller les poussins -(ô, le petit poussin malade ou trop faible amené à la maison dans la poche du tablier)- puis les piots (poussins grandis, futurs coqs ou poulettes), enfin, tuer la poule, la plumer (en gardant le duvet pour les oreillers et édredons), la vider en un tour de main ! A la fois horrifiée et fascinée, j'apprenais l'anatomie de ses volatiles : le gésier et ses cailloux, le foie (pour le bon gâteau de foie lyonnais), la chaîne des oeufs en formation... et j'ajoutais quelques belles plumes longues à ma collection !

6 commentaires:

  1. Très beau souvenir si bien conté ...
    J'ai le sourire en écrivant ce comm' !
    Mais je te renvoie au comm que j'ai laissé chez Plume, le poulet c'est dans l'assiette que je le préfère !

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  2. J'adore ce billet
    j'ai comme toi passé des heures à regarder les poules , leur regard perplexe ,j'essayais en vain de les apprivoiser
    j'étais toujours près de ma mère quand elle vidait la poule , ou le poulet
    j'aimais bien quand parfois elle sortait un oeuf sans coquille , juste une pellicule toute flasque

    ah ! la poule au pot , mon dieu !!

    belle journée à toi
    bises

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  3. j'adore ce billet...!!
    J'ai eu une poule, du moins c'est elle qui nous a eu ! Rousse, elle avait élue domicile dans notre pré, dormait dans le foin de la mangeoire des chevaux (qui ne la touchait pas), elle y pondait ses oeufs que nous avions grand plaisir à aller ramasser ! elle vivait avec eux, venait avec eux dès que nous les appelions, c'était très drôle ! Nous l'avons soigné le jour où elle s'est fait bousculé, et elle boitait mais n'a pas fui ! Nous n'avons jamais su comment elle était arrivée là ni comment un jour elle a disparu ....

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  4. Merci, chère Taty pour ce beau texte. On dirait un conte.
    Et me revoilà dans ma cour de ferme à Marcy-sur-Anse ! Tout pareil ! La dame qui me gardait faisait tout ça aussi !
    Quand les gens tuaient une poule, on gardait le sang et on le faisait revenir dans une poêle, c'était délicieux, mais je ne me souviens plus du nom donné à ce sang cuit...
    Et bien, je vais "rebondir" sur ton billet, au sujet des oeufs !
    Bises du 3e pour encore quelques petites heures et hop ! la liberté pour 2 jours !!!

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  5. Epicurien, l'ami Antiblues... mais on réussi quand même à le faire sourire car il a l'âme sensible ! Jeanne, certaines poulettes s'apprivoisent mais elles se doutent bien qu'un jour notre estomac passera avant l'amitié ! Comment pensez-vous qu'a disparu la poule de Madora ? Un renard, peut-être, non apprivoisé, lui !
    Plume, ma Mémé appelait cela la sanguette, et elle y ajoutait des oignons et du persil qu'elle hachait avec une dextérité folle à l'aide de son hachoir en demi-lune (que je n'ai jamais su manier).

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  6. et woui, la sanguette avec aïl et persil malmenés par le hâchoir en demi-cercle avec ses deux poignées en bois...
    tu vois, on est de la même époque !!!
    je traboule avec toi !

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