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jeudi 31 mars 2011

Ouvrages de dame...



Petit coup au coeur... soupir d'émotion... elle est là, chez l'Antiquaire, la belle table à ouvrage de Maman !
Mais non, ça ne peut pas être la sienne ! C'est Soeurmoyenne qui en a hérité... ce n'est pas pour la remettre en vente tout de même ! Non, d'ailleurs, la tablette d'en bas est un peu noircie... Oui, bien sûr, la fameuse clé est perdue et remplacée par une clé ordinaire. Non, l'intérieur est impeccable et je dois avouer que je l'avais un peu taché soit avec mon maquillage soit avec mon encrier Waterman ! Car elle était installée dans la "chambre des filles"... et, après le départ de Soeurmoyenne, je me l'étais apropriée, et le tiroir renfermait mes secrets. J'aimais beaucoup ce meuble, je le trouvais beau... et j'aurais des tas d'anecdotes me concernant à dévoiler à son sujet.
Mais il est un secret bien gardé ; c'est l'histoire de cette table à ouvrage. Elle appartenait à Maman, certes. Mais l'avait-elle acheté avec ses salaires de jeune fille ? A t'elle, comme moi, scruté le miroir pour savoir "qui était la plus belle" ? Lui a-t'on offerte pour son mariage ?
En tout cas, il en est passé des ouvrages dans les mains de la jeune fille. Sous l'oeil et le jugement implaccable d'une mère exigeante, et surtout particulièrement douée, elle en a aligné des points de broderie : chiffres sur les mouchoirs, sur le moindre torchon, les serviettes, sur les poches des chemises d'homme, festons sur les porte-serviettes de table, les pochettes pour ranger la chemise de nuit... et les monogrammes sur les nappes, les draps avec leurs jours Venise ou échelle... Le tout, à la lumière de la suspension descendue plus près du tissu, tout en écoutant la T.S.F. posée sur son étagère au-dessus de la table de la cuisine ou en bavardant avec la Maman et la soeur aînée.
Et aux beaux jours, cela se passait dehors ? Je pense que c'était réservé aux soirées car, à la belle saison, le jardin et les champs requéraient toute l'attention. Entre semis, plantation, récoltes et conserves, les poules et les lapins, le travail ne manquait pas. Toutefois, j'ai toujours vu Mémé avec, dans la poche de son tablier en satin fermière, un peloton de laine, quatre aiguilles fines sans tête, et l'ébauche de la future chaussette...
Hélas, je ne suis pas douée de mes dix doigts et je garde des souvenirs cuisants d'humiliation des "ouvroirs du jeudi" où l'on me comparait avec Soeur-moyenne tellement plus habile et rapide que moi. Il a bien fallu pourtant que j'apprenne la couture rabattue, la couture anglaise, le surjet, l'ourlet, la boutonnière, la pose d'une pièce, la reprise et autres tortures. Mais c'est avec plaisir (et envie) que je vois Fille-cadette, Nièce-adorée, Soeur-Moyenne se livrer avec succès à ces ouvrages de dames...

Suite aux commentaires : Jeanne, je me suis contentée de rentrer chez l'Antiquaire et, timidement, de lui demander la permission de photographier le petit meuble... Le vrai, le vivant, il existe, ailleurs... Ce n'est pas chez moi, tant pis... Un petit regret ? Certes ! Mais je possède déjà tellement d'objets inanimés qui ont une âme, une histoire, un passé ! Et, comme le dit Pierrot Bâton, combien de ces précieuses reliques finiront sur les brocantes ?

lundi 25 octobre 2010

"MOI, MES SOULIERS"....



n'ont jamais voyagé bien loin !
Et j'ai plus de souvenirs de pieds souffreteux que si j'avais mille ans ! Ah, les chaussures trop raides, ou devenues trop petites, les escarpins pointus torturant les orteils, les "brodequins" de marche en cuir rigide, les talons un peu trop hauts, les mauvaises cambrures, les chaussures trop lourdes...
Aurais-je dû prier St Crépin, Patron des Cordonniers ? Non, mais je louais les cordonniers et je trouvais curieuses ces petites boutiques envahies d'une colonie de chaussures rangées sur les rayonnages de bois ; de toutes formes, toutes couleurs, toutes tailles ; fines, lourdes, solides, fragiles, certaines avachies, déformées, fatiguées, griffées, décolorées, ayant grand besoin d'être réparées... ou ayant repris meilleure allure et attendant leurs propriétaires. Tristement, certaines se couvraient peu à peu de la poussière de l'oubli et de l'ingratitude. Ah, l'odeur qui vous sautait au nez sitôt la porte poussée : cuir, cirage, colle. Prenant en considération l'importance que vous accordiez à vos précieux escarpins du dimanche, en chevreau, il ne dédaignait pas pour autant ceux achetés chez un "grand chausseur sachant chausser", parce que "vous n'êtiez pas assez folle pour dépenser plus" ! Et pourtant, celui dont je parle, ayant échoppe sur un grand boulevard, à deux pas du bureau, pouvait vous faire des souliers sur mesure tenant compte de la morphologie de vos petits petons, même si le gauche avait une différence d'une demi-pointure avec le droit !

Réponse à Antiblues :Autour de chez moi, il n'y a plus guère que des chaînes "Talon minute"... plus de "bouifs" avec leurs tabliers de cuir, leurs alènes, leurs "pieds" à ressemeler ! Il y a fort longtemps que j'ai trouvé chaussures à mon pied... maintenant, c'est plutôt chausson confortable ! Ah, les séances "cirage de pompes" ! Non, je ne parle pas des vils flatteurs mais de l'installation sur un journal, du chiffon, de la boite ronde métallique, de la vieille chaussette de laine pour faire briller ! La chaussure impeccable, base (c'est le cas de le dire) de toute tenue élégante, avec le collant non filé et les ongles non écaillés !