jeudi 26 mars 2009

COMPTE D'APOTHICAIRE...


Cette expression, brusquement, m’a fait me souvenir de ce Pharmacien que ma grand-mère appelait apothicaire. En ce temps-là (on est entre 1945 et 1955), les pharmacies regorgeaient d’odeurs incroyables et difficiles à identifier qui s’échappaient dans la rue sitôt la porte ouverte. Dans la vitrine, trois énormes flacons, l’un rempli de liquide vert, l’autre mauve, le troisième ambré, jouaient avec la lumière. Un Bébé, nourrit de Blédine Jacquemaire, montrait combien il était satisfait et «profitait» bien ! Dans son antre au décor magnifique (menuiseries, bocaux de toutes tailles, de toutes sortes), le «sorcier-magicien» en costume et cravate sous sa blouse blanche, écrasait et malaxait des poudres, des pommades, comptait les gouttes, pesait, mesurait. Surtout, il écoutait, conseillait, rassurait. Grand-mère faisait sa provision de farine de moutarde, crême de riz, d’huile goménolée, de camphre, de teinture d’iode, de glycérine. Elle y ajoutait la fameuse Aspirine dans sa boîte de carton vert, du Vermifuge Lune et de l’huile de foie de morue pour moi, une bande velpo, du sparadrad rose. Parfois, elle se procurait la pommade miracle que le pharmacien lui avait préparé minutieusement dans un pot de verre opaque à couvercle rose ou blanc. Furtivement, elle glissait dans son cabas des suppositoires, de mystérieuses pilules, des onguents que je ne verrai jamais sortir du tiroir de sa table de nuit toute imprégnée de senteurs médicamenteuses. En ressortant de là, nous emportions sur nos vêtements un peu de l’inoubliable effluve lénifiant et rassurant.

1 commentaire:

  1. Comme c'est vrai... Je ressens tout à coup cette odeur dans la pharmacie... que j'aimais bien... et puis le pharmacien en costume était toujours âgé, pas de petites "Minettes" en jeans !
    Même la Grande Pharma a perdu son âme...
    J'aime encore ton texte et ces heures oubliées de mon enfance, l'aspirine, le vermifuge... j'avais horreur de ça ! l'huile de foie de morue c'était Maman qui l'avalait, petite, moi, j'avais droit au stérogyl !
    Certaines "hapothicaireries" sont devenues des musées, mais les serpents dans les bocaux ont disparu...
    Et il n'y a pas si longtemps que ça, mes Parents achetaient "la" pommade de la Grande Pharmacie lyonnaise, faite par eux, qui soignait toutes les petites misères.
    Comme c'est bon de retomber dans son enfance, chaque fois, grâce à toi.
    Mille mercis pour ces petits bonheurs que tu nous offres...
    Je t'embrasse très fort

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