mardi 14 octobre 2014

UN TRAIN PEUT EN CACHER UN AUTRE !


 
"Je suis prête, Mémé. Il faut juste un gros pain ?"
"Oui, vas-y maintenant et surtout ne lambine pas. Rappelle-toi, si la barrière se baisse, tu ne passe pas, même en courant mais tu as largement le temps de franchir la gare avant le passage de l'express".

Au temps de mon enfance, pour aller à l'Arbresle, en descendant d'Eveux, il fallait traverser deux fois un passage à niveau (deux voies pour les trains de marchandises et les machines haut-le-pied qui manœuvrent, un terre-plein, puis de nombreuses autres voies pour les trains de voyageurs.

Mémé a été garde-barrière à la gare de l'Arbresle, d'où sa crainte bien fondée pour le trafic ferroviaire. De plus, elle a gardé en mémoire les horaires de passage des énormes locomotives à vapeur déboulant parfois sans marquer l'arrêt en gare. Depuis le bas de la coursière des Fauvettes, j'entends parfois leur souffle puissant, battement d'un cœur colossal ou respiration effrayante, pendant tous le temps où la pompe les ravitaille en eau. Je suis fascinée par ses montres noirs, terrifiants, surgissant dans un vacarme phénoménal.

Voilà pourquoi, alors que la petite cloche grêle s'affole pour avertir que le convoi est annoncé et que les barrières rouges et blanches vont s'abaisser, je marche le plus lentement possible, espérant assister au spectacle fantastique qui me trouble. Elle débaroule, la "bête humaine" ; mon cœur s'accélère, mes jambes tremblent, le bruit me transperce, me traverse, me remplit, me secoue. J'en ris, j'en pleurerai presque. Voilà, c'est fini !

La barrière s'ouvre. Je traverse. J'attaque la route d'un bon pas, courant presque, essoufflée. Il s'agit de rattraper le retard pour faire croire à Mémé que j'ai traversé "avant" et ne pas me faire gronder !
De toute façon, dans sa guérite, le garde-barrière veille et sévit contre les imprudents qui ouvrent le portillon tardivement.
Longtemps, Mémé a eut une amie à qui elle rendait visite dans la minuscule maison vitrée, et je l'accompagnait. Toutes deux connaissaient tous les horaires par cœur : "le n°... en provenance de...  a déjà      mn de retard" - "ces machines haut-le-pied ne font qu'aller et venir sans avertir" - "il y a des trains de marchandises en supplément pas annoncés" - "on a supprimé la Micheline de 16 heures le lundi"... Et de remplir sérieusement son rôle tout en tricotant et en devisant gaiement, et instruisant Mémé de toutes les nouvelles du pays et des retraités !
Sur la première photo, à gauche, on voit la petite maison que mes grands-parents habitaient avant de faire construire à Eveux (partie basse, rideaux à la fenêtre). La gare est le grand bâtiment clair en haut à droite. Lorsque je passais par là, la petite maison sombre à droite n'existait pas.

A l'heure actuelle, la route passe sous les voies et il existe des passages souterrains pour se rendre d'un quai à l'autre.
On a même construit un "pôle" moderne pour le tram-train !

Le poste d'aiguillage en brique rouge a été conservé au titre du patrimoine.

Voilà ! J'aurai pu vous montrer la photo de mon papa et mon oncle devant la belle locomotive que ce dernier conduisait...

Et vous mettre aussi la photo d'une splendide "Pacific" !

Tiens, j'ai oublié de vous raconter que, pendant la dernière Guerre, un conducteur de ces splendides vapeurs, attachée à son outil comme à un animal vivant - à la fois maître et esclave - a lancé volontairement sa machine à toute vitesse dans le tunnel précédant la gare; tunnel très dangereux, en forte pente et tournant. Il savait qu'elle allait dérailler et retarder ainsi l'invasion des troupes allemandes. Bel acte de résistance ! Il en a versé des larmes !

7 commentaires:

  1. Ah le petit portillon de côté, combien de fois on l'a emprunté !
    Le conducteur résistant a commis un bel acte de courage qui a pourtant dû lui faire mal de sacrifier ainsi sa belle machine.
    Bonne soirée TatyDany, bises.

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    1. Merci de ta visite. Bonne soirée à toi aussi, Praline. Déjà le milieu de la semaine Comme le temps passe vite ; je ne maîtrise plus rien !

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  2. Un poste d'aiguillage, c'est vraiment insolite comme bâtiment aujourd'hui
    tu retranscris merveilleusement bien tes souvenirs ferroviaires , les bruits , les sensations de toi , petite fille
    Les passages à niveau , je me souviens , la sonnette , et mon frère qui trépignait dans la voiture , trop content de voir passer un train
    nous sommes nombreux à avoir de tels images en tête
    ton écriture est vivante , j'aime bien TTD
    bises et belle journée à toi

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    1. On peut en dire autant de ton écriture et j'aime aussi te lire, même si parfois je n'ai pas le temps de répondre (ou bien je m'abstiens pour ne pas trop contrarier ni choquer). Merci de ton gentil commentaire et bonne continuation. Belle et bonne journée. Bises.

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  3. Tu racontes bien... On s'y croirait. :)

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  4. Un récit qui plairait énormément à mon petit frère féru de l'histoire ferroviaire. Dans un grenier, il a reproduit en miniature de nombreuses petites gares à l'identique de vieilles photos. Il regrette que ses enfants ne partagent pas sa passion des trains et pense déjà, le cœur serré, à ce qu'adviendra ses maquettes.
    Bon week end. je t'embrasse

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