mercredi 18 septembre 2013

Le vieux tombereau...

 
Je lève les yeux et je l’aperçois, là, en haut du talus. Ce bon gros charroi, lourd, trapu. Et je le revois, souvent peint en bleu, trainé par un robuste cheval de trait dont les sabots résonnent dans ma mémoire accompagné du bruit des solides roues cerclées de fer. Ces fameuses roues qui terminent souvent leur vie incluses dans un portail de villa. Cette charrette utilitaire, avec ses deux parois latérales amovibles, transportait vaillamment de lourdes charges plus ou moins nobles : betteraves fourragères, épis de maïs, pommes-de-terre, caillasse, matériaux de construction, foin, compost et fumier.
 
Qu’il gravisse bravement la route goudronnée qui mène au village ou que le chargement creuse encore plus profondément les ornières des chemins encaissés, le pas du cheval est le même ; pesant mais régulier, obstiné, persévérant... à l’image du caractère de l’animal fidèle et obéissant.
 
Pour moi, cela sent la fin de l’été, les récoltes, les chemins creux et leurs buissons de ronce offrant leurs mûres savoureuses, les noix fraîchement tombées, les premiers mousserons...
 
Dans son livre « Les souvenirs », David Foenkinos se demande pourquoi la mémoire choisi tel moment ou tel autre et pourquoi on ne remonte pas plus avant dans l’enfance. Sans doute question de maturation du cerveau. Mais il pense qu’il y aurait trop de risque à ce souvenir de ce paradis perdu, de ces moments idylliques, de ces plaisirs primaires et faciles à assouvir. Cela empêcherait de devenir adulte en nous confinant dans une nostalgie béate complètement paralysante.
 
Je ne suis pas triste mais, à chaque promenade dans la nature calme, vraie, sauvage, une odeur, un bruit, une couleur, un objet, tout me ramène à ce temps où je vivais antennes déployées à regarder, respirer, ressentir, toucher...
Et à chaque pas je retrouve ce bonheur simple qui occupe alors tout mon esprit et me lave de tous soucis.  

 





7 commentaires:

  1. Au Mollard nous allons bientôt sortir la petite charrette du copain Jean-Luc. L'hiver approche et le père Noël va l'utiliser pour distribuer les jouets dans le quartier....Déjà la froidure Brrrrrrr !
    Bizzz

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  2. Cher JMB, l'essentiel est que la froidure ne soit pas dans les cœurs et les esprits !

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  3. A Laval, on a retrouvé ce bruit là avec la charrette qui récolte les cartons vides.

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  4. Un bien bel hymne à la vie simple et naturelle..
    J'ai entendu très distinctement le bruit des des sabots et des roues cerclées sur les pavés de mon enfance ...
    Punaise, c'était mieux avant???

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  5. "La nostalgie paralysante " voilà une expression qui me parle bien
    les odeurs , la lumière des saisons ravivent des souvenirs forcément
    Souvent , je cherche dans le présent quels seront les bons et mauvais souvenirs de mes enfants , comment le savoir ?
    Tu reviens par ici raconter tes émotions du moment , évoquer tes souvenirs , ça se transmet ça Tatydany

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  6. Antiblues, ce n'était pas mieux avant mais dans cet avant là j'étais malgré tout heureuse, insouciante, bien entourée de gens "taiseux" (c'était l'époque) mais il suffisait d'écouter les histoires racontées les soirs d'été sous les étoiles, de regarder grand-mère s'affairer, de prendre la main du Pépé qui revenait du jardin avec une belle fraise, une prune, une poire bien mûre pour nous. Une leçon de vie en image, du cinéma muet...
    Jeanne, les souvenirs de tes enfants ne seront pas forcément ceux d'un évènement et surtout pas les mêmes pour tous, mais il suffira d'une couleur, d'un mot, d'une chanson, d'une odeur pour recréer l'ambiance d'une scène familière, l'image d'une scène émouvante, pour redonner confiance et courage. Ma mémoire fonctionne ainsi ; une brève sensation qui me replonge soit à la campagne (les dimanches, les vacances chez les grands-parents) ou dans mon quartier excentré de Lyon, un vrai village, ma vie en HLM, l'école primaire...
    Pierrot, là, il s'agit d'un lourd tombeau trapu. Mais j'ai longtemps entendu le bruit des charrettes sur les pavés, livrant le lait et le vin dans les casiers brinquebalants, et même les "équevilles" (ordures) dans les poubelles métalliques rejetées bruyamment et sans précaution sur le trottoir.

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  7. Très joli texte qui réveille aussi en moi des souvenirs. Certains tombereaux servent également d'immenses jardinières d'où jaillissent une multitude de fleurs diverses et colorées.
    Bonne journée et bonne promenade au calme.

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