jeudi 5 septembre 2013

"IL SUFFIT DE PASSER LE PONT"...

La caravane est fermée, seulette sur l'emplacement désert ; elle attend ceux qui vont lui faire  reprendre la route de son hangar. La voiture est bien chargée : au début de la route, nous restons silencieux. De temps à autre, une petite phrase du genre "tu as bien pris ceci, tu as bien fermé cela" trahit les préoccupations propres à chaque grand départ.
Peu à peu, nous nous laissons gagner par le charme de notre "chemin des écoliers". Pas d'autoroute : Aubenas, puis la "route du haut", celle qui remonte la rivière Ardèche, jusqu'à Lanarce. Certaines villages sont prospères : Jaujac, Meyres, Neyrac (station thermale), Tuyets (ses roches volcaniques et son célèbre pont du diable) alors que d'autres petites bourgades traversées meurent lentement : les maisons sont en piteux état, ou bien portent l'écriteau "à vendre". Au creux de la vallée  des vestiges d'anciennes usines (tanneries, moulinage) se délabrent doucement.
"Pourtant, que la montagne est belle", même si elle n'a pas encore revêtu sa pelisse de bruyère et de couleurs automnales. D'un côté, une belle forêt de sapins, de l'autre, des châtaigniers hérissés de bogues vertes, ici un relief rocailleux et des genêts, là-bas, des terrasses cultivées retenues par des murets de pierre... puis une ouverture sur des lointains bleutés. J'ouvre grand mes yeux ; j'aime ces paysages, et la lumière de fin d'été plus douce, fardant le paysage de poudre de soleil, accentuant les reliefs, sublimant le vert. Je ne pense plus, je suis seulement attentive au ressenti.
Soudain, en contre-bas, j'entre-aperçois furtivement un vieux pont de pierre, quelques rochers, un peu d'eau : "oh ! tu as vu, que c'est joli" ! Un parking se présente justement un peu plus loin. Nous sortons de la voiture, APN en main, et nous tentons de retrouver le point de vue qui nous a séduit. En revenant à la voiture, nous découvrons un chemin caillouteux, tortueux, en contre-bas, qui a l'air de se diriger vers la rivière et le vieux pont que nous venons de photographier. Et dans l'odeur de mousse, de sous-bois, de terre mouillée, de champignons, voici ce que nous découvrons :
 
un vieux pont entièrement en pierres, les appuis, la chaussée, le parapet, la voûte parfaite. Œuvre d'un maçon de métier ou d'hommes simplement riches d'une transmission, détenteurs de traditions ancestrales et d'un savoir acquis par la pratique et l'expérience ?
 Voici l'Ardèche en amont, vue depuis le parapet... Et en aval ; belle piscine (et sans doute réserve de truites sauvages et écrevisses) pour les occupants de la petite maison dont la prairie (idéalement verte) descend en pente douce. Cette petite maison n'est pas seule : trois autres l'accompagnent, flanquées de leur jardin fleuri, avec fontaine gazouillante, vieux chien, réserve de bois. Elles sont sans doute bâties à une distance raisonnable dictée par la sagesse et l'expérience.
Et là, je me prends à rêver. Pourquoi la ville au lieu de demeurer là ? Oui, je sais, le travail de la terre est ardu et ingrat, le pays est rude, sauvage, mais pour le connaître vraiment pourquoi ne pas y vivre un automne à cueillir les châtaignes, les champignons, rentrer les dernières récoltes, ramasser le bois... pourquoi ne pas y vivre l'hiver avec la neige qui rend les chemins impraticables, la burle qui hurle dans la cheminée, secoue les volets, s'insinue sous les portes et autour des fenêtres ? Et pouvoir dire, le printemps revenu ; oui, j'aime vraiment ce pays ! 
 
 
  

6 commentaires:

  1. Comme tu le dis : vie rude et ingrate, mais si belle !
    Bizzzzz

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  2. Tu nous fais ressentir toute la nostalgie que tu ressens en quittant cette région que tu aimes... mais l'hiver serait trop rude pour nos habitudes de citadins...

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  3. Oui, JMB et Madora, c'est une vie qu'on connut nos ancêtres. Sans compter que pour nous autres, ce n'était pas le confort d'aujourd'hui. Mais le cousin par alliance de Lépoux aimerait passer la mauvaise saison dans la maison des parents de sa femme pour vivre la vie d'un village une fois "les touristes partis". Il y est très bien intégré et ce serait la vie réelle d'un habitant du coin. Mes amis savoyards reste le plus tard possible en Côte d'Armor pour la même raison : il faut connaître les grandes marées d'équinoxe, le défilé de lourds nuages, le vent sauvage... et le coin de la cheminée où l'on partage les histoires avec les gens du village.

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  4. Quel tendre billet, ma Taty !Je suis contente que tu reviennes un peu plus régulièrement. J' te bise.

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  5. Tu as l'oeil Tatydany , tu sais voir les belles choses et tu sais partager ça , capturer les images

    ce pont est un travail précieux , je n'aurais pas perçu cette structure comme toi
    La lumière de fin Aout , j'adore aussi
    Vous voilà rentrés , fin de saison , des semaines de liberté là bas , dans un coin de France que tu aimes tant
    La grande ville .. j'aurais vraiment du mal
    joli billet

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  6. En fait, je n'aime pas le Vallon-Pont-d 'Arc touristique du 15 juillet au 15 août mais j'aime le vert, les arbres, l'eau qui coule, le défilé des nuages sur fond de ciel bleu ou gris, les couchers de soleil, les nuits étoilées. Je ne rêve plus de petite maison, c'est juste encore un regret. La grande ville, c'est une vue pas terrible ni au levant ni au couchant, le bruit, la pollution. Mais à chaque rentrée, je regarde Lyon comme une touriste et j'aime mon Rhône majestueux, la Saône plus rustique, le grand Parc de la Tête d'Or... nous avons maintenant des berges pour flâner, des trams qui nous emmène au plan d'eau du Grand-Large, des façades à photographier... des Musées... etc. Je ferai partager cela sur mon blog.

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