« On vous chauffe, vous ? Vous avez un chauffage
collectif ? A quoi ?» - Voilà l’antienne qui se murmure ce
matin, à la sortie de la messe, sur le marché. Et s’ensuit le prix du gaz
et de l’électricité, le gaspillage,
l’isolation…
Et oui, « on » nous chauffe déjà ! La
chaudière a dû se déclencher cette nuit car j’ai pris soudain un coup de chaud
sous ma couverture de laine mais je n’ai pensé à vérifier que ce matin en
sentant le carrelage moins froid sous mes pieds. Docile, j’ai fermé la porte de
la salle-de-bains dont le petit radiateur n’a pas de robinet. Il fera bon
prendre sa douche et les petits lavages sècheront mieux. Mais j’ai coupé le
chauffage dans le salon qui reçoit le soleil le matin, dans l’autre
salon-chambre et la cuisine qui reçoivent le soleil l’après-midi… Le grand
hall, sur lequel s’ouvrent toutes les portes, et la chambre, toujours trop
chaude, ne sont jamais chauffés ! Les murs extérieurs, construits en 1939,
sont en béton armé et mâchefer : est-ce pour cela qu’il conserve la
chaleur ?
Comment avons-nous fait, nous les gones des années 40, pour
devenir aussi frileux ? Il nous faut maintenant polaires, doudounes
matelassées, couettes… nous n’avions que les pulls et chaussettes tricotés
main, les édredons, le chauffage dans la pièce principale… le givre aux
fenêtres… le linge séchant au grand air ou pendant au-dessus du fourneau !
Ah, le charbonnier livrant ses sacs, et la corvée de charbon à la cave, et les
cendres à vider. Et mon père coupant les traverses SNCF en gros blocs qui
« tenaient » bien dans le gros poêle à feu continu. On parlait de boulets,
d’anthracite, de coke. Le petit Godin en émail bleu luttait en vain contre l’humidité
suintant du mur de la chambre des garçons empuantie par l’âcre relent de
moisissure. Le même petit Godin, violet cette fois, installé dans la
salle-à-manger des grands-parents, empêchait le jus du gigot de figer dans les
assiettes du beau service.
Parfois, en me promenant dans la campagne, je vois fumer les
cheminées et je respire avec volupté l’odeur du feu de bois. Mon grand plaisir
est d’y détecter un soupçon de senteur de sarments de vigne. Alors je retombe
brusquement en enfance ; je suis sous le gros édredon rouge, dans les
draps épais qui fleurent bon le grand air
et la lavande. De la cuisine me parviennent les effluves de café, de
sarments qui flambent, de pain chaud. Je quitte brusquement la tiédeur du lit ;
le froid de la chambre transperce ma chemise en pilou juste le temps de chercher
mes grosses pantoufles cachées sous le lit. Je cours jusqu’à la cuisine et me
trouve, d’un coup, en plein bonheur, dans une chaleur enveloppante, rassurante,
douce comme la tendresse.

Chez Mémé, le p'tit Godin était d' un marron-rouge. Chez mes parents, on s' endormait au bruit que faisait Maman en faisant tomber les cendres dans le tiroir du poêle à charbon. Et y avait la cuisinière avec les pommes au four.
RépondreSupprimerA Laval, chauffage collectif sur lequel on n'a aucun pouvoir. En plus, ça chauffe trop: plus de 20°même dans les chambres!!!. J' me promène en p' tite tenue mais le Barbu trouve ça très bien, c' est ce que j' appelle "un cul gelé".
Par contre, au Bout du Monde, le seul moyen de chauffage dans la cuisine, c' est la grande cheminée et tout le monde attend que je me lève et que je fasse la flambée avant d' émerger. Quand il fait très froid dehors, il fait 10° dans la cuisine mais dès que les flammes montent, je ne sens plus la fraîcheur ......
Merci Pierrot d'être venu apporter ta bûche ! Je n'ai pas parlé du bruit des "ronds" du fourneau que Mémé et Maman remuaient, et le bruit de cette fameuse grille bruyamment agitée avec le pique-feu ! Et la cuisinière, avec nos pieds réchauffés sur la porte ouverte... et les briques (brique en terre à feu, émaillée ou non, ou gros galet bien rond) mises à chauffer pour "tempérer" le lit ! Mon billet a laissé tout le monde "froid" !
RépondreSupprimerQuelle magnifique écriture, vraiment, j'aime te lire ...
RépondreSupprimerEn quelques secondes cette lecture a fait remonter tant de
souvenirs car certains sont identiques aux miens, tout cela me parle ...
J'avais également l'édredon rouge et je suis sûr que tu te faisais aussi enguirlander quand tu ne résistais pas à l'appel du petit bout de duvet qui dépassait de la couture !
RépondreSupprimerBizzzz
JMB
Moi, j' aimais pas l' édredon rouge ! Trop ........édredon justement! L' impression d' étouffer là-dessous. Mais j' aimais la brique enveloppée dans le torchon. Et le bout du nez gelé ...
RépondreSupprimerAh, JMB, il y avait des petites plumes qui sortaient aussi des oreillers et des pelochons ! Et lorsque Mémé changeait les enveloppes usées, là, on s'amusait à ouvrir brusquement la porte et le courant d'air provoquait une superbe envolée accompagnée des cris furieux de Mémé ! On adorait se mettre debout sur le lit pour se jeter sur l'édredon ! Ah, la brique ! La méthode consistait à se mettre en boule, en chien de fusil, les pieds bien cachés dans la longue chemise de nuit en pilou... et de se déplier tout doucement en poussant la brique ! Inoubliable, ! Mais ça ne parle plus guère qu'à ceux qui ont connu tout cela... à moins de le revoir dans un film !
RépondreSupprimerLes chambres sentaient la cire, la naphtaline, le linge séché au grand air, et l'odeur des matelas de laine. Les armoires et les planchers craquaient. Le vent du Nord sifflait à travers les fenêtres et sous les portes !!! Alors, notre imagination débordante nous faisait nous enfouir sous les couvertures d'autant plus si un rapace nocturne
RépondreSupprimerpoussait son cri sinistre !
Et un imbécile qui disait d' un ton lugubre "je suiiiis le fantôôôôme de minuiiiiiit"!
RépondreSupprimeret alors, Pierrot bâton, on se mettait à guetter la mélodie du Wesminster qui égrennait les coups... on croyait voir la porte à demi-fermée s'ouvrir lentement et... et... finalement on sombrait dans un sommeil d'ange épuisés par nos journées au grand air ! Ah, les délicieuses terreurs enfantines ! J'étais tjrs la victime désignée souffrant d'une frousse incroyable !
RépondreSupprimerMême si je suis un tout petit plus jeune que vous , j'ai connu les briques enroulées dans un vieux drap et collés dans le fond du lit
RépondreSupprimerJe ne garde pas de bons souvenirs de cette période pour autant , j'ai eu froid , l'humidité normande , terrible
mais je suis immunisée , jamais malade la Jeanne
au boulot lundi , pas de chauffage dans ma salle de cours et la fenêtre grande ouverte tout le WE
J'ai très bien supporté , certains stagiaires ont gardé leur manteau toute la journée
j'adore ton titre !
bises très pluvieuses
Jeanne, c'était notre quotidien, à la ville comme à la campagne chez Mémé ; notre "thermostat" était réglé plus bas ! On souffrait du froid mais on en appréciait que plus de retrouver la maison chaude, et l'odeur de la soupe aux poireaux ! Imunisée ? Sans doute. De toute façon, le médecin ne venait pas souvent et on devait se satisfaire d'1/4 ou d'une 1/2 aspirine, de cataplasme, d'huile goménolée, de tisanes sucrée au miel. C'est tellement mieux maintenant : j'apprécie mon chauffage, mes médoc, la possibilité de me soigner vite et bien !
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