vendredi 6 février 2015

"LES SOUVENIRS"...


LES SOUVENIRS

Tout comme la grand-mère du film, j’aimerais faire une fugue. Oh ! Elle ne m’emmènerait pas très loin, à peine à une demi-heure de train. Bien sûr, pas de grosse locomotive à vapeur, ni de Micheline rouge et jaune, ni la première BB ! Arrivée à la gare de destination, il me faudra marcher sur une Départementale où je n’entendrais plus le bruit caractéristique des métiers à tisser mécaniques du petit atelier disparu. Puis je prendrais la Coursière des Etourneaux.  

Petite fille, affronter la raideur de ce raccourci à la chaussée bombée et irrégulière ne me demandait aucun effort particulier. Un gros pain chaud et croustillant sous le bras, je gambadais d’un côté à l’autre du chemin encaissé, de la pervenche à la fleur d’acacia, guettant le rouge-gorge, le lézard, évitant soigneusement la grasse limace rouge qui me rebutait. Après un passage entre un très haut mur aveugle d’un côté et un talus touffus de l’autre, j’étais soulagée d’arrivée au but et d’apercevoir le fond du jardin et la vigne de mes grands-parents et surtout ma grand-mère guettant mon arrivée du haut de son balcon.

Oui, je sais, je vais trouver la maison bien changée - façade maquillée d’ocre, jardin sophistiqué, volets rustiques remplaçant les volets métalliques verts - rétrécie, recroquevillée au milieu de toutes ces petites villas flanquées d’un ridicule bout de terrain qui se pressent autour, avec leurs prétentieux arbustes d’ornement. Le sapin planté pour la naissance de mon frère aîné est toujours là, mais étêté, et pas un des vieux cerisiers n’a survécu.

Je n’éprouverais même pas de tristesse... je sais trop bien qu’après le départ de ma grand-mère, le clocher de pierre jaune n’a cessé d’égrener des heures et des heures scandées par le son de sa cloche qui m’émeut encore.  Il a annoncé le baptême de mon frère ainé et le mien, fêté ma première communion, carillonné pour les processions que je suivais en lançant des pétales de fleur.  Il a fait résonner lugubrement  le glas pour les enterrements des êtres qui m’étaient si chers.

Je ne reviendrai pas dormir près d’eux. La vie m’a usée et désabusée, la fatigue me ralenti, me désenchante. Il ferait bon revenir vivre dans ce petit village mais la ville m’a adoptée, absorbée. Assagie, résignée, soumise, je n’accepterai pas pour autant de voir le cœur du village modifié laissant la voix libre aux automobiles... le lavoir réduit à un bassin entourée d’une barrière métallique... le château transformé en appartements de luxe.

Sagement, je rentrerai et pour que tout cela reste encore un peu vivant je m’installerai devant mon clavier pour raconter... mes souvenirs !

 

4 commentaires:

  1. Comme il est beau et bien écrit ce billet ! teinté de douce nostalgie que ton esprit réaliste domine.
    N'arrête pas d'écrire TatyDany, tes souvenirs sont tellement bien décrits que l'on revit cette époque à tes côtés. Serait-ce ce petit village de l'Isère dont tu parles souvent ?
    Je pense qu'effectivement tu t'es bien adaptée à la grande ville.
    Bises et bon week-end.

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  2. Merci Praline ! Ce petit village est dans le Rhône : tu as vu la pierre jaune de l'église ! Je l'ai quitté vers mes 3 ou 4 ans mais j'y ai passé toutes mes vacances d'été, plus deux années complètes de 11 à 13, et la douce nostalgie ne s'en est jamais effacée ! J'ai passé mon enfance dans un quartier périphérique de Lyon, presque un autre village. Revenue au cœur de la ville après plusieurs déménagements (Ste Foy-les-Lyon et Le Point-du-Jour) j'ai peu à peu appris à regarder et à apprécier ma ville.

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  3. revenir sur les lieux , mais ne pas y rester , juste une image , qui réactive les souvenirs
    on ne refait pas le passé
    joli billet Tatydany
    ça évoque plein de choses
    fuguer ... je ne pourrais pas
    m'échapper , oui

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  4. Je reviens une ou deux fois par an "rendre visite" à mon père (1960 à 49 ans), ma sœur (1965 à 18 ans), ma mère (2006 à 93 ans) qui repose au cimetière du village d'où l'on domine les "monts" alentours. J'en fait parfois le tour pour relire des noms qui m'évoquent d'agréables images... Fuguer, je n'ai jamais pu mais m'échapper dans ma tête !!!!! Même si mon âme est bien malade, je fais souvent de beaux voyages dans la tête !!!! Merci de ta gentille visite. Je t'envoie un morceau de ciel bien bleu, je garde les 3° pour moi !

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