Qui pourrait m’aider à combattre mon chagrin ? Je sens, non sans effroi, mon âme menacée par la damnation. Jusqu’à présent, je baignais dans le divin, le front penché au-dessus des chevelures blondes, brunes, grises, sages ou folles, couvertes d’un chapeau ou pas, et même les absences de chevelure. Je savourais les chants apaisants, reconnaissants ou implorants. Je savais tout de la torture de telle âme tourmentée, du dilemme partageant le cœur de la pauvre mère. Compatissante, apaisante par mon aspect solide, j'inspirais confiance. Bientôt, une décision imbécile allait faire se dresser les gens les uns contre les autres, et à mon sujet, moi, inoffensive et sage, désormais considérée comme inutile. C’est net, c’est une sentence sans appel, nette et tranchée. Et qui prendra en compte ma douleur impossible à apaiser ?
Ah, me revoici, grandissant en Ardèche, dans les odeurs de feux de bois, de terre humide, de roches sèches. Déjà sage, obéissante, au milieu des miens, je ne me lassait pas d’admirer la nature, subissant les assauts de la mauvaise saison, jouissant du bonheur des belles heures d’un printemps prometteur, d’un été épanouissant, d’un splendide automne.
Trop splendide, sans doute puisqu’un jour, moi, magnifique pousse de châtaignier, je suis devenu tronc robuste destiné à être débité. J’ai rempli avec satisfaction mon magnifique rôle de poutre maîtresse d’un jubé au cœur d’une chapelle de monastère, m'enivrant d'odeur d'encens. Puis le monastère a accueilli des personnes âgées, malades et nécessiteuses avant de devenir caserne de pompiers. Les pompiers n'ont pas le temps de prier, ils agissent, et c’est là une magnifique action de grâce, un acte de foi, de charité, d’amour.
Te prendrais-tu pour ce bâtiment attaqué par la pelleteuse ??
RépondreSupprimerJe vais te dire comme France Gall : "résiste !!!"
J' te bise .
Je résiste, je résiste... mais j'ai bien peur de ne pas avoir besoin de pelleteuse pour me terrasser ! Comment as-tu trouvé mon texte ?
SupprimerJe le trouve bien écrit comme d' hab' mais surtout terriblement triste. Tu as fait ton "boulot" TTD . Par contre j' aime bien la petite phrase du côté droit : "Un rosier sauvage, malmené mais résistant, plus beaucoup d'épines, mais des bourgeons malgré tout, chaque année" . Le bestiau plie mais ne casse pas ! J' te bise.
RépondreSupprimerJe me suis peut-être avancée au sujet des bourgeons ! On verra au printemps ! Je résiste, je résiste : de toute façon, un mur démoli devient pierres, puis cailloux, puis gravier, puis sable... Je continuerai donc à enrayer la machine, à crisser sous les semelles, à m'immiscer partout ! Et pan, dans l'œil ! Bises.
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