
M’offrir des cures d’ennui ! Stop à la fuite en
avant... Casser les rythmes, abandonner les habitudes. Avoir toute une journée
devant moi pour m’ennuyer... ou pas ! M’ennuyer ou plutôt être désœuvrée,
les yeux dans le bleu du ciel, à l’horizon, ou sur l’envers des feuilles qui
remuent doucement.
Sans but, parcourir
un chemin bordé d’herbes folles pour le plaisir de voir la vigne jeter ses
rameaux en tout sens avant que d’être disciplinée par le viticulteur, pour percevoir
le murissement des blés, pour s’étonner des
coquelicots qui ponctuent le paysage. S’approprier en pensée la vieille maison
de pierre dont le toit courbe l’échine sous le poids des tuiles cuites et
recuites ; ses lourds volets disjoints masquent à demi les fenêtres
habillées de dentelles jaunies – la porte entrouverte offre une pierre de seuil
usée par trop de passages. A l’ombre du vieux mûrier au tronc torturé et creux,
une chaise paillée, en face du banc de pierre rongé par le lichen, invite à la
conversation, ou au silence partagé. Un rosier grimpant croule sous le poids
des rouges fleurs alanguies. Si je poussais la porte, je sentirai sans doute
l’odeur de la pierre fraîche, avec une petite pointe de moisissure, mêlée au
relent de cendres refroidies, d’herbes séchées. L’odeur de toute une vie de
labeur scandée par le tic-tac de la vieille horloge. Une odeur de vie rude mais
honnête, économie et austérité, mais fierté entretenue à coup de savon, de
lavande, de meubles cirés. Ces vieilles maisons font rêver les touristes
mais, pour avoir vu ma grand-mère et ma mère
sans cesse occupées aux travaux des champs, du jardin, aux récoltes et aux
cueillettes, aux lessives, à la cuisine, je sais les soupirs poussés sous la
lampe et près des cheminées. Le soir, avant que les grands lits n’accueillent
des corps fourbus, les doigts agiles on cousu, raccommodé, brodé, tricoté.
Ah ! Comme
on serait bien là, la retraite. Retraite ? Les derniers occupants n’ont
pas connu cet état. Simplement, les enfants partis, l’âge venu, le jardin est
devenu plus petit, les champs ont été vendus, abandonnés. Les commodités offertes
par la vie moderne ont libéré un peu plus de temps pour bavarder, l’été sous le
mûrier, l’hiver près de la cheminée. Pour ne rien faire, pour s'ennuyer un peu... s'autoriser un peu de nostalgie pour ce temps que l'on a pas vu passer ?
Ce fut également la vie de mes grands-parents maternels. Tirer l'eau du puits puis l'écouter chanter dans la bouilloire du fourneau. Reconnaitre le bruit des seaux métalliques quand on lâchait l'anse....Toutes ces choses qui ont usé des générations et qui ont disparu en si peu de temps....Je m'imaginerais mal refaire ces gestes de mon enfance au quotidien.
RépondreSupprimerBizzzz
Quel beau texte, Taty.
RépondreSupprimerMerci Pierrot Bâton; venant d'une "écrivante" de qualité, ton compliment me touche !
RépondreSupprimerAh, mon bon Garde, mes gds-parents avaient fait bâtir une maison dans les années 30, sans "l'eau ni l'électricité de la compagnie". Mais le puits, délicieusement pur et frais, avait une pompe et on y puisait l'eau pour boire, rincer les légumes et les "drapeaux" des petits. Mes souvenirs ont idéalisé cette vie car, pour nous, toutes les "activités" (Gd-Père au jardin, à la vigne, Mémé-confiture, repas de fêtes, brioches et chaussons aux poires, les lessives séchant en plein vent, le temps des cerises, le ramassage des pommes-de-terre plein-champ,les foins à la faux, le pressoir et le vin nouveau, les fagots de sarments et le sciage des traverses SNCF) étaient spectacle permanent ! Mais je suis consciente de la sueur, de la douleur, des efforts continus. De plus, mon père avait son petit "jardin du cheminot" et faisait, avec ma mère, des "extras" pour la Foire de Lyon et les grands spectacles !