dimanche 21 novembre 2010

RENCONTRE AVEC JEANNE AU COIN D'UNE TRABOULE...


BAUDELAIRE,
LES BIENFAITS DE LA LUNE

LA LUNE
, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit: "Cette enfant me plaît."
Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s'étendit sur toi avec la tendresse souple d'une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes, et tes joues extraordinairement pâles. C'est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis; et elle t'a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l'envie de pleurer.

SERGE REGGIANI s'est servi de ces paroles en prélude de sa chanson "Maudite enfant"...

Voici le suite du texte de Baudelaire :
Cependant, dans l'expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux; et toute cette lumière vivante pensait et disait: "Tu subiras éternellement l'influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j'aime et ce qui m'aime: l'eau, les nuages, le silence et la nuit; la mer immense et verte; l'eau uniforme et multiforme; le lieu où tu ne seras pas; l'amant que tu ne connaîtras pas; les fleurs monstrueuses; les parfums qui font délirer; les chats qui se pâment sur les pianos et qui gémissent comme les femmes, d'une voix rauque et douce!
"Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans. Tu seras la reine des hommes aux yeux verts dont j'ai serré aussi la gorge dans mes caresses nocturnes; de ceux-là qui aiment la mer, la mer immense, tumultueuse et verte, l'eau informe et multiforme, le lieu où ils ne sont pas, la femme qu'ils ne connaissent pas, les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d'une religion inconnue, les parfums qui troublent la volonté, et les animaux sauvages et voluptueux qui sont les emblèmes de leur folie."
Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques.

6 commentaires:

  1. ... je reviens... je vais voir chez Jeanne...
    Ce texte de Beaudelaire n'est pas facile-facile...
    Est-ce la pleine lune qui vous fait cet effet ?
    Bises

    RépondreSupprimer
  2. c'est un pur hasard d'avoir eu cette idée de chabada lune , je ne savais pas qu'elle était pleine aujourd'hui , et je vois que d'autres sont inspirées aussi
    Merci pour ce texte , quand les poètes sont mis en musique , certes ce n'est pas tout "public" mais très beau à entendre
    j'aime quand tu nous parles de ces artistes qui te font vibrer
    merci pour la traboule , l'illustration est belle aussi
    Que ta nuit soie douce aussi ...

    RépondreSupprimer
  3. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

    RépondreSupprimer
  4. Je suis mauvaise élève ; un chabada, c'est en musique et là, en prélude, Reggiani récite la première partie. J'avais aussi trouvé un poême de
    Alfred de MUSSET
    Ballade à la Lune (Poésie)
    C’était, dans la nuit brune,
    Sur le clocher jauni,
    La Lune,
    Comme un point sur un i ;
    Lune, quel esprit sombre
    Promène au bout d’un fil,
    Dans l’ombre,
    Ta face et ton profil ?
    Es-tu l’œil du ciel borgne ?
    Quel chérubin cafard
    Nous lorgne
    Sous ton masque blafard ?
    N’es-tu rien qu’une boule ?
    Qu’un grand faucheux bien gras
    Qui roule
    Sans pattes et sans bras ?
    Es-tu, je t’en soupçonne,
    Le vieux cadran de fer
    Qui sonne
    L’heure aux damnés d’enfer ?
    Sur ton front qui voyage,
    Ce soir ont-ils compté
    Quel âge
    A leur éternité ?
    Est-ce un ver qui te ronge
    Quand ton disque noirci
    S’allonge
    En croissant rétréci ?
    Qui t’avait éborgné
    L’autre nuit ? T’étais-tu
    Cognée
    A quelque arbre pointu ?
    Car tu vins, pâle et morne,
    Coller sur mes carreaux
    Ta corne
    A travers les barreaux.
    Et c’est, dans la nuit brune,
    Sur le clocher jauni,
    La Lune
    Comme un point sur un i.

    Bon, ça va... pitié... ne me demandez pas d'aller dormir; les nuits de pleine lune, en principe c'est mission impossible ! Hasard ? Mes nuits sont très capricieuses et elles ne sont pas plus belles que mes jours !!!

    RépondreSupprimer
  5. Je ne connaissais pas ce texte de Beaudelaire : grâce à toi, me voilà plus "culturée" à c' t' heure .

    RépondreSupprimer
  6. Chabada littéraire ! chapeau, TatyDany ! quelle culture, comme PB je ne connaissais pas le texte de Beaudelaire, et pourtant, à une époque (lointaine) de ma vie, je l'aimais bien !
    Merci pour ce temps retrouvé, ce souvenir passé, qui figent l'instant présent...
    Bises de ma tour

    RépondreSupprimer